NARCISSE-ECOUTE MOI QUAND JE TE REGARDE L'oeuvre présentée se décrit comme une cuve creuse en contreplaqué entièrement recouverte de résine, de fibre de verre et peinte en noir. Elle mesure 2,10 m de longueur sur 2,10 m de largeur et 1,40 m de hauteur. Cette cuve possède un faux fond de 3,5 cm de profondeur rempli à ras d'huile de vidange de voiture qui par ses propriétés fait office de miroir d'une très grande précision. Au centre de l'huile baigne un moulage de ma tête en résine polyester légèrement rose et mise en lumière par 4 mini-découpes de théâtre (placées dans chaque coin de la pièce). Le bloc, sur-élevé de quelque centimètres abrite 4 réglettes néon qui diffusent une lumière rasante dans l'ensemble de la pièce. Un système son (quatre enceintes) diffuse l'enregistrement de mon coeur en train de battre. Dans cette installation in-situ à l'usine hydro-électrique Saint-Michel à Amiens, L'oeuvre était installée de manière à dialoguer avec les turbines présentes dans la salle afin de mettre en relation le travail développé par les machines et l'eau ainsi que l'intime relation qui en découle. L'oeuvre présentée fait office de monument qui synthétise cette relation. Si l'oeuvre a été crée pour le site décrit ci-dessus, elle reste néanmoins indépendante et fonctionne d'elle-même. Dans ma pratique, j'entretiens un rapport physique avec l'oeuvre en devenir et l'énergie que je peux dégager dans la réalisation de l'objet est un point central qui transparaît dans l'ensemble de mon travail. L'essentiel de mes oeuvres traitent d'un corps du corps. L'huile de vidange dans laquelle baigne le moulage de mon buste dans une immobilité intangible renvoie aussi au travail de mon propre corps dont la diffusion sonore de ce coeur en train de battre illustre parfaitement. L'huile de vidange a cette double carte, à la fois chargée du travail intense du moteur et rendue inutilisable parce que devenue usée, fragilisée, épuisée par l'exercice. Là où chacun pourrait diagnostiquer une forme de schizophrénie est en fin de compte beaucoup plus subtil. Mouler sa propre tête et l'observer en train de regarder son reflet sur le miroir noir du bain d'huile ne relève pas de la schizophrénie mais de l'analyse même du travail de l'artiste... Regardant sa propre production, son intériorité, comme on observe un étranger dont on devine qu'il a des portes à ouvrir. Sylvain Barberot Les corps que Sylvain travaille inlassablement sont toujours des moulages de son propre corps placés dans des situations extrêmes, échangeant avec le milieu dans lequel ils sont plongés une énergie et des matières organiques potentiellement menaçantes : l'un d'eux est plongé dans une baignoire remplie de lait, il effectue une série d'apnées jusqu'à épuisement. Une tête est noyée dans une marre d'huile de vidange. Les corps sont fragiles ou entravés ; emballés dans la cellophane, le silicone, la résine ; leur cri est réprimé, étouffé ou silencieux ; la tragédie est toujours latente : débordement de l'huile, noyade du personnage, perte de la mémoire, étrangèreté au monde, emprisonnement. La perte est celle de la plasticité, de la malléabilité. Toutes les matières sont rigidifiées, comme pétrifiées. Il n'y a plus de marge de manoeuvre, plus de ligne de fuite, plus de devenir. La vieillesse peut être cet évènement qui survient brutalement en un instant comme les cheveux peuvent blanchir en une nuit. Non pas une lente érosion, mais un accident soudain, une rupture qui, brutalement, fait de quelqu'un une autre personne. Françoise Coblence Professeur d'Esthétique à l'Université de Picardie Jules Verne. Amiens.
|