MARIAGE La maison de mes grands-parents vient d'être vendue. Sa façade servait de fond à la photographie de mariage de mes parents. Sur une toile de 8 mètres carrés j' agrandis, en couleurs, le cliché du groupe pris le 10 juillet 1945. Cette idée amuse et réjouit les quelques survivants. Ils réactivent leurs souvenirs et se concertent pour retrouver les couleurs d' époque ou les détails utiles au tableau. Cette réunion de famille à distance se nourrit de faits, anecdotes, commentaires et allusions. Elle offre peut-être l'occasion d'un dernier rendez-vous avant le prochain enterrement. La scène que je restitue, quoique ressemblante, ne reproduit pas vraiment la photographie : les invités me regardent, et moi je connais leur avenir. Chacun des 69 portraits est un face à face. Ceux que je ne connais pas ne m' inspirent que ce que je perçois de leur expression instantanée, parfois nuancée par quelque commentaire extérieur. Pour les proches au contraire, histoire et sentiments se mêlent à la peinture. Au fil des jours c' est un autoportrait à facettes qui se révèle sur le fond de la toile resté blanc. J'ai envoyé des photos du tableau fini à la famille. Quelques-uns ont pu venir le voir. C'est à ce moment que j'ai eu l'idée de fixer la présence de ma mère se regardant 65 ans plus tard. Le portrait de mon père modelé sur son lit de mort il y a quarante ans prend place ici dans l' épaisseur du temps. |