Ma curiosité pour toutes les techniques, m’amène à n’en pas privilégier une plus particulièrement. Je suis généralement poussée à combiner peinture et photographie, écriture et collage, céramique, broderie, pâte à bois… et à inventer des matières nouvelles comme la pâte d’herbe dont je fais actuellement usage. Mon goût pour l’élément naturel est également récurant. J’habite la campagne et l’amitié que je porte «au vivant » me conduit à collecter les multiples petites choses « minables » et magnifiques que sont devenus les corps vivants abandonnés aux intempéries : tests d’escargots, élytres de carabes, poils de vache, graminés en tout genre pour lesquels j’ai un faible particulier, brindilles, feuilles trouées… l’abandon et l’usure recèlent un charme féérique : ce sont ces multiples petites choses qui témoignent de la vie à l’œuvre. En silence, dans l’ombre, solitaire….
Le travail présenté ici se compose de panneaux végétaux d’environ un mètre de hauteur, réalisés à partir de tiges collectées dans les champs ou dans les jardins, fixés sur un cadre de bois de forme ogivale.
La nature des plantes qui donnent corps, leur couleur, leur flexibilité ou leur raideur, sert de fondement à l’imaginaire qui va s’y enrouler. Ainsi l’iris, plante de bassins et de marais n’aura pas la même qualité de présence que la fétuque, herbe folle et fortement enracinée sur les talus dont aucun arrachage ni aucun désherbant n’a pu encore venir à bout… ou que la personnalité solaire et maternelle de l’avoine … cette observation des plantes au milieu desquelles je vis, m’a amenée à opérer avec elles, et à manifester par elles un univers où la famille, les fidélités généalogiques, la souffrance des femmes, la mort et la mémoire occupent une large part. D’ascendance d’agriculteurs, arrachée moi-même à l’âge de sept ans à un univers d’herbes folles et de jardins familiaux pour une résidence en ville au quinzième étage d’une tour de cité, je me devais de retrouver cette filiation avec l’élément vert. L’herbe qui console, l’herbe qui protège, l’herbe qui guérit, l’herbe qui nourrit… l’herbe belle, désirable, nécessaire. Dix panneaux ont ainsi pour l’instant, vu le jour.
Nadine Dupeux Pour la 4ème biennale armoricaine d’art vivant contemporain, à Meillac le 16 juillet 2009.
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