Stéphanie Pommeret

Photo dillustration : Stéphanie Pommeret

L'oeuvre

C'est une sculpture en papier mâché sur une structure en carton qui est entièrement recouverte par le papier journal.

J'aime faire des grandes sculptures car je suis émue par des objets de grande taille, comme si on mettait une loupe sur quelque chose qu'on a
oublié d'observer dans la vie de tous les jours. Ces mains sont grosses et fortes, des mains de travailleur.

Personnellement, j'ai des fois du mal à m'exprimer en parole, mais là, j'ai l'impression de parler au micro. Comme si ma voix était amplifiée
par la taille de mon travail, comme un porte voix. La grande taille d'une sculpture est impressionnante. On voit mieux les lignes travaillées, on
peux y toucher. Ces mains sont agrandies pour en faire sortir l'importance, ces mains qui protègent, qui travaillent, qui aiment, qui donnent et reçoivent. Des mains comme un résumé de l'humain entre ce qu'il voudrait être et ce qu'il est.

Processus

Mes mains sont mes outils de travail. Je travaille par instinct, je suis spontanée, passionnée, je fais et ensuite, je comprends. D'abord, ça
passe par le coeur et ensuite par les mains et finalement par la tête. Je suis manuelle, je fais.

Si je me sens mal dans ma peau, je fais une sculpture et je me sens bien à nouveau. J'utilise mon art comme thérapie personnelle, mon
besoin d'expression est une force intérieure qui me pousse à faire.

Matière

Je travaille des matières de récupération, rien est acheté (sauf la colle). Le journal est le quotidien de chacun, une matière universelle. A la fin,
l'oeuvre est couverte de journaux du monde entier. Comme si les mains étaient porteuses des nouvelles du monde entier, et d'ailleurs elles le
sont, elles sont responsables, elles écrivent directement ou indirectement ce qui se vit, ce qui se détruit, ce qui s'aime dans notre monde. Tout passe par les mains des hommes. Deux grosses mains comme trop de responsabilité, comme trop lourdes à porter.

On a mis beaucoup de temps à faire ces journaux, ce sont des bouts de vie des autres, je les utilise et je les met en valeur encore une fois.
Ainsi qu'un recommencement, un recyclage des vies et du papier.

Enfant, mon père m'amenait dans des casses d'automobiles, il était mécanicien, un "manuel". Je récupérais du fil de fer pour faire de petites
sculptures. On me qualifiait de "manuelle" également, mais ça avait quelque chose de négatif de s'exprimer par les mains au lieu de la parole, de l'écrit.
J'aime travailler avec ce qui ne vaut rien, avec ce presque à jeter. Montrer comment un geste artistique, imaginatif transforme, transfigure.
J'aime utiliser les restes de la société de consommation, ses signes, et les détourner, comment par exemple une humble brique de lait, avec sa
typographie reconnaissable peut devenir un porte monnaie frustre et à la mode. Ce qui ne vaut rien contient ce qui vaut. L'inventivité comme
acte de renaissance.

Pour éviter de jeter et arrêter de consommer, je transforme des matériaux qui ont déjà eu un rôle et j'essaye de sensibiliser la population aux
problèmes de l'environnement.

D'ailleurs, je collabore avec des centres de tri de la région des Côtes d'Armor en animant des ateliers de récupération et de réutilisation de
matériaux.

Dans les centres sociaux, dans les écoles, les centres de loisir, j'anime de nombreux ateliers.

Cette page a été mise à jour le Lundi 06 Juillet
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