On demande souvent aux peintres de parler, d’utiliser les mots pour se présenter, eux et leur peinture. Mais souvent ceux-ci sont embarrassés avec ceux-là. Je ne parle pas ici, évidemment, de la peinture conceptuelle, où l’idée prime sur la réalisation, mais de la peinture que je pratique, de manière naturelle, et qui se situe pour moi dans la suite logique de l’histoire de la peinture.
Cette histoire est en marche ; les peintres contemporains existent, sont bien vivants, ici en France et ailleurs dans le monde. J’ai d’ailleurs en 2004 fondé un groupe, Pintura Fresca, réunissant une quinzaine de peintres abstraits. Car il s’agit bien de peinture abstraite, ou de ce que l’on nomme ainsi, et qui ne veut pas dire grand-chose, dont il est question ici. Comment parler, vous présenter cette peinture qui est la mienne et qui me surprend souvent moi-même, tant je ne sais pas définir d’où elle vient? C’est très difficile. Telle que vous la voyez aujourd’hui elle est le résultat d’une longue évolution, j’allais dire d’une longue attente naturelle. Les choses arrivent, doucement sans rien vouloir, tout en étant là, prêt à les accueillir.
Il faut beaucoup de travail, de temps. Une longue évolution qui m’a mené des dessins et d’une peinture très figurative de jeunesse à ce que vous voyez aujourd’hui, en passant par différents stades, expressionnistes, fauves, etc.… Petit à petit ce qui n’est pas soi s’en va. Ce qui n’est pas utile aussi. Et on se rapproche doucement de l’essentiel. Il faut être patient et travailler. Je tente de rester ouvert aux autres, à leur manière de vivre que je ne comprends pas toujours ; être proche, coller à la nature vivante, à la mer en particulier qui m’a tant donné et qui me donne tant encore. La musique est aussi pour moi essentielle. Je peins toujours en musique.
Bram Van Velde, grand peintre et grand homme parlait peu, mais parlait bien. Il disait entre autre lors des ses rencontres avec Charles Juliet, « Je ne peux rien dire. Il n’y a pas de mots ». Ou encore : « Peindre, c’est vivre. En peignant, je repousse ce monde qui empêche la vie et où on risque constamment d’être écrasé ».
En effet, peindre c’est vivre. Et toute peinture, telle que je la conçois, doit contenir la vie. Etre vivante. Le projet est certainement ambitieux mais je n’ai pas d’autre choix que de le tenter.
Voilà mon seul but et ma peinture n’a pas d’autre sujet.
Il ne s’agit pas de représenter. Il s’agit de tenter d’exister, sans masque. Ne pas passer à côté de sa vie. Non pas uniquement pour soi, de manière égoïste, mais également et peut-être surtout pour aller à la rencontre de l’autre. Partager. Pourquoi sommes-nous ici, sinon pour partager ?
Thierry Le Baill 2009
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